mercredi 9 février 2011

C- L'angle d'analyse scientifique


Le refus de la consanguinité peut aussi s’expliquer pour des raisons scientifiques.
La consanguinité est le fait que deux individus ayant une parenté étroite, se reproduisent entre eux et obtiennent ainsi une descendance. Elle peut être plus ou moins forte selon le type d’union, par exemple si c’est entre un frère et sa sœur, un cousin et sa cousine, un oncle et sa nièce. C’était un concept en premier lieu empirique, lié à l’élevage, puis à certaines pratiques matrimoniales. Il a été formalisé par la génétique avec la découverte des supports de l’information génétique. La génétique des populations a commencé en début du siècle lors de la découverte des groupes sanguins et commencé à se poser la question : est-ce que les groupes sanguins sont les mêmes ou diffèrent ils d’une population à l’autre ?
La consanguinité se définit comme la proportion d’allèles* semblables par descendance. C’est un nombre compris entre 0 et 1, fréquemment exprimé en pourcentage. La consanguinité de parent à enfant, si on suppose une consanguinité quasi-nulle entre les deux parents, est de 25%. L’enfant partage la moitié de ses allèles avec chacun de ses parents.
La consanguinité des enfants entre eux est la même que celle vis-à-vis de leurs parents. C’est-à-dire qu’un enfant d’un accouplement frère-sœur a le même degré de consanguinité* qu’un enfant d’un accouplement parent-enfant.
La multiplication de ce type d'accouplement conduirait rapidement à une consanguinité de 100%, c'est-à-dire à un clonage avec un unique allèle pour chaque caractère non sexuel. Et inversement, il suffit d’un seul accouplement exogame pour faire tomber la consanguinité à 0%.

Le coefficient de consanguinité, noté Cc ou F, en génétique des populations*, est la probabilité pour que les deux allèles que possède un individu en un locus* donné soient semblables à cause d’un ancêtre commun.

Au XIXème siècle, des écrivains expliquent la tare héréditaire ou congénitale* par l'influence néfaste d'une consanguinité importante. Cela est reconnu comme un facteur explicatif de décadence par exemple dans des familles royales et peut-être justificative de l'obligation de leur disparition et par là des révolutions.

L'interdit existant dans toutes les législations et coutumes à l’encontre des mariages entre parentés de certains degrés, paraît relever de considérations à la fois biologiques et sociales.
La question de l'innocuité* ou de la nocivité des unions consanguines est cependant encore discutée, notamment dans les milieux médicaux, en raison de l'éparpillement des données. La présente étude, qui s'inscrit dans une série d'articles sur l'aspect qualitatif des problèmes de population, donne les premiers résultats d'une enquête réalisée dans deux départements français très différents sur le plan de l'endogamie.
Comparées à des groupes témoins, 262 familles consanguines dans le Morbihan et 264 familles consanguines dans le Loir-et-Cher sont étudiées du point de vue de la mortalité, de la fréquence des anormaux et de la masculinité. Les familles consanguines apparaissent fortement défavorisées.

Les scientifiques soulignent que, si des membres d'une même famille se marient, ils multiplient les risques de transmettre à une ou plusieurs mutations à leurs enfants, et donc des maladies. Pour un enfant issu d'une union consanguine, les malformations, les maladies génétiques ou les arriérations mentales seraient légèrement plus fréquentes et le risque de fausse-couche serait augmenté.
Quelques exemples.

Nous pouvons ainsi étudier l’exemple de Toutankhamon, qui a été vu précédemment, afin d’observer les effets néfaste de la consanguinité. Il reste à ce jour un des pharaons qui a été le plus l’objet d’études et d’hypothèses. Son tombeau fut découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter. Toutankhamon mourut ensuite à 19 ans après neuf ans sur le trône alors qu’il était le fruit d’un inceste.
La raison de sa mort fut l’objet de nombreuses controverses. La première analyse ADN, entre 2007 et 2009, menée par des scientifiques Egyptiens, Italiens et Allemands montre qu’il aurait souffert d’une maladie des os qui le faisait boiter et aurait eu deux enfants mort-nés. Il était né avec des malformations physiques telles qu’un pied bot* et un bec-de-lièvre*. Il aurait aussi été atteint du paludisme* ce qui lui aurait été fatal. « Ces résultats laissent penser qu'une circulation sanguine insuffisante des tissus osseux, affaiblissant ou détruisant une partie de l'os, combinée au paludisme, est la cause la plus probable de la mort de Toutankhamon » et ce à la suite d'une fracture de la jambe, écrit Zahi Hawass un célèbre archéologue.
Quelle que soit la raison exacte de sa mort, ces différentes maladies seraient dues au fait qu’il était le fruit d’une union consanguine.

Si l’on reprend l’exemple de la famille des Habsbourg, on constate que le roi Charles II, qui était le fruit d’une suite d’unions consanguines, était faible physiquement.
Selon des textes de l'époque, il n'a pas réussi à parler avant l'âge de quatre ans et n'a pas pu marcher avant huit ans. Pendant les dernières années de sa vie, il arrivait aussi à peine à tenir debout et était victime d'hallucinations et de convulsions. Selon cette même étude, « l'une des hypothèses est que Charles II ait souffert de deux problèmes génétiques simultanés, une déficience des hormones pituitaires* et l'acidose tubulaire rénale*, qui pourraient expliquer son profil clinique complexe, dont son impuissance qui a conduit à l'extinction de la dynastie ».

Nous avons aussi vu l’exemple de Tristan da Cunha qui, étant une île particulièrement isolée et avec très peu d’habitants, a de nombreux mariages consanguins. Des études montrent qu’à cause du nombre important de ces unions, l’île a des problèmes de santés parmi lesquelles l’asthme* et le glaucome, qui est une maladie oculaire.

Des zoologues de l’Université de Cambridge ont analysé le risque de tuberculose et d’hépatites*, en fonction de la popularité du mariage entre cousins au second degré dans divers pays. Ils concluent à un lien important. Mais ils précisent que la relation ne tient que pour les pays où ce type de consanguinité est relativement fréquent, comme par exemple l’Inde, où 6% des mariages sont conclus entre individus ayant un lien de parenté égal ou supérieur à des cousins de deuxième degré.
Des études avaient montré précédemment que le risque de maladie cardiovasculaire congénitale augmentait avec les mariages de cousins au premier degré en Arabie Saoudite, et la sclérose en plaques* avec la consanguinité des parents dans l’île écossaise d’Orknay. (La consanguinité affaiblit le système immunitaire, Matthieu Perreault. http://.cyberpresse).

Tous ces exemples témoignent clairement les effets néfastes d’une consanguinité répétée au sein d’une famille

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire